Affichage des articles dont le libellé est street art. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est street art. Afficher tous les articles

vendredi 22 mai 2009

Deux obsessions

La première, je suis conne.
Pleine de contradictions, j’ai fini par m’acheter un t-shirt Basquiat chez Uniqlo. Quelle conne. Je pleurniche face au street art sans âme, devenu déco pour Bobos, excuse pour vernissage, compilé en quelconque produit dérivé, laissant sa raison d’être au passage. Et je ne trouve rien de plus malin que de m’infiltrer dans la brèche.
Je peux toujours me voiler la face, me dire que Keith Haring avait sa propre ligne de produits dérivés, que Basquiat était le pote de Warhol, pas vraiment gêné par la reproductivité de l’œuvre d’art, mais rien n’y fait, je suis conne.




La deuxième, une injonction plus qu'une obsession. Je veux et je dois être à Paris ce matin. Là, maintenant, une urgence. Une angoisse qui te prend, qui te suit et qui ne te lâche plus.

Teki Latex - Les Matins de Paris feat Lio (clip entier)

mercredi 6 mai 2009

French attitude

Hier, j'apprends qu'un collectif de designers va venir à l'agence, nous présenter leur studio. Partante, je me rends à la réunion. J'arrive, tout sourire, prête à lancer un "nice to meet you" plein d'entrain quand soudain je vois le type, la gueule en berne. Pas de "awesome" bruyants et excités, pas de "sur-sourires" comme j'en prends l'habitude ici, pas même une présentation, juste un gars qui erre, l'air nonchalant devant la salle de conférence.

Je me murmure "soit c'est un Américain suicidaire qui a fait tomber le masque pour l'occasion, soit c'est un Français." La question est élucidée à l'instant même où il ouvre la bouche, en conservant son air blasé, un accent bien familier en plus.

Gilles raconte son histoire qui commence dans la banlieue sud de Paris. A l'époque, il fait des graffs avec des gamins de banlieue pour leur apprendre à défendre leur passion, à convaincre qu'ils ne sont pas des vandales mais des artistes. Puis, il part poursuivre ce travail éducatif au Brésil, dans les favelas. Un beau jour, il réalise que ses techniques marchent aussi très bien avec les cadres sup' de grosses boîtes brésiliennes, il lance son studio avec sa copine, Gilles&Cecilie.

Aujourd'hui, ils sont sans doute plus riches, ils bossent aussi bien pour Paul Smith que pour la mairie de Pantin. Le mélange prend plutôt bien.

http://www.gillesandcecilie.com/

dimanche 3 mai 2009

Culture Jamming ou quand Shepard se fait défoncer.

S'il fallait citer un artiste révélé au grand public en 2008, ce serait Shepard Fairey. Peu de gens ont pu passer à côté de son affiche d'Obama avant que les produits dérivés ne fleurissent un peu partout - notamment chez Urban Outfitters.





Et plus ses images circulent, plus Shepard se fait défoncer. Normal pour un type qui est censé pratiquer le street poster art, se servant illégalement de la rue comme espace d'exposition. Son obédience consensuelle au partie démocrate à grand coup d'images un peu faciles ne peut qu'offenser les puristes* (exemple ici).


Ils se sentent un peu trahi. Au fond, Shepard c'est une grosse claque dans leur gueule, rappelant ce que le street art, dans sa grande majorité, est devenu aujourd'hui: la caution cool de gens plus ou moins cool mais pas révolutionnaires pour un sou.

Cette phrase de Ken Johson du New York Times résume bien ce qui est en jeu au beau milieu de ce joyeux lynchage :

"Every day we are swamped with images and ideas that pretend to confound conventional thinking. That’s popular culture."

Obey Tupac, 2004


Je ne dis pas qu'il faut accepter ou encore moins célébrer la situation. Je ne dis pas non plus qu'il faut tuer l'idée de s'immiscer dans la culture populaire pour la détourner. Je dis seulement qu'entre ce culture jamming et une entreprise commerciale, la frontière est ténue, voire inexistante lors d'un tête-à-tête avec ce poster d'Angela Davis...

Obey Angela Davis, 2005


Si vous en voulez plus que le poster d'Obama, deux slideshow du New York Times, ici et .

*Je n'entrerai pas dans le débat entre art politique et récupération, tout simplement parce que la photo des T-shirt y répond assez bien je pense.

lundi 27 avril 2009

My Lost City

A New York, la vie passe trop vite. La ville te prend, te bouffe et te jette comme une grosse merde. Une vitesse brutale et incontrôlable.

L'absence de signes du temps dans l'espace publique (comme l'écrit si bien ma pote Alex', ici "Quand c'est plus l'heure, c'est encore l'heure") se conjugue à un mouvement urbaniste et culturel fou.
Les quartiers évoluent perpétuellement, la gentrification à l'œuvre n'est pas comparable aux quelques déménagements de Bobos à Paris ; une différence d'échelle, ici tout est démesuré.

Le petit livre de Luc Sante My Lost City - en Français à l'exception du titre - capte parfaitement cette rapidité violente, des années 80 où le Lower East Side n'était encore qu'une friche peuplée de quelques téméraires, à l'ère Giuliani sécuritaire et plus aseptisée.



Giuliani (maire de New York 1994 à 2001) conserve une image héroïque aux yeux de certains New-Yorkais, le brave Rudy ayant chassé les putes et les toxicos. Il n'a laissé aux autres, dont Luc Sante, qu'un sentiment amer :

"Il a laissé en héritage une ville de New York vidée de l'essentiel de son identité. C'est une cité de chaînes franchisées et de taudis à un million de dollars, de services publics minimaux et de cadeaux fiscaux aux petits oignons, la ville d'un Times Square entrepreneurial et d'un Harlem blanchi. Il y a moins de débats et d'échanges que jamais pour franchir les barrières de classes, et le peu de vie, de vigueur et de couleur que conserve la ville tient surtout à l'incapacité de Giuliani à anéantir entièrement les lois sur le contrôle des loyers."
-Luc Santé, My Lost City.


Pour comprendre cette déception, cette colère contre une ville qui a vendu son âme à la Zero tolerance policy* > petit retour au street art du New York des années 1970-80.
La guerre des styles commence maintenant. Même datée, elle fait encore rêver.




*
Sarko n'a rien inventé.


[Merci à Mathieu, Noémie et Antoine pour le livre]